Les sols jouent un rôle fondamental dans le maintien des écosystèmes terrestres en assurant des fonctions essentielles telles que la production de biomasse, la régulation du climat et le stockage du carbone. Cependant, les changements d’usage des terres, en particulier la conversion des écosystèmes naturels en terres agricoles, peuvent modifier profondément les propriétés des sols et altérer leur fonctionnement. Dans ce projet, des valeurs de référence locales de qualité des sols pour les sols agricoles de la station de recherche Agroscope à Changins (Suisse) ont été élaborées. Les sols forestiers ont été utilisés comme référence écologique pour évaluer les effets du changement d’usage des terres et identifier les indicateurs de qualité des sols les plus sensibles. Des sols agricoles soumis à des systèmes de travail du sol minimal, intermédiaire et conventionnel ont été étudiés. La méthodologie a combiné une caractérisation physico-chimique (texture, pH, carbone organique du sol (COS), carbonates) et des analyses biologiques, comprenant la biomasse microbienne carbone (MBC), la respiration induite par le glucose, l’efficacité apparente d’utilisation du carbone (CUE) et la décomposition du sol. Afin de tenir compte de la variabilité intrinsèque des sols, les analyses ont été réalisées au sein de groupes pédologiques présentant des caractéristiques physico-chimiques similaires. Les résultats ont mis en évidence une forte hétérogénéité spatiale des propriétés intrinsèques des sols. La teneur en argile est étroitement liée au stockage du COS, tandis que le pH constitue un facteur déterminant de l’activité microbienne dans les sols forestiers. Comparés aux sols forestiers, les sols agricoles présentent systématiquement des teneurs plus faibles en COS et en biomasse microbienne. Selon le groupe pédologique, les indices normalisés ont révélé une diminution du COS de 45 à 57 % par rapport aux valeurs de référence forestières, accompagnée d’une réduction marquée de la biomasse microbienne. Parmi les indicateurs étudiés, le COS et la MBC se sont révélés les plus performants pour discriminer les différents modes de gestion agricole, les plus intensifs obtenant généralement les scores les plus faibles. Cette étude met en évidence l’intérêt d’utiliser des références locales, tenant compte des caractéristiques intrinsèques des sols, plutôt que de s’appuyer sur des valeurs de référence universelles pour évaluer les impacts à long terme des pratiques agricoles sur la qualité des sols.